Siège social de Québecor

par Lemay+CHA et Architecture49

Siège social de Québecor

Architectes en consortium : Roch Cayouette, chargé de projet (étape surveillance des travaux), avec l'aide de Myrianne Tissot-Chénier, Luc Martineau, Pierre Lussier, Kevork Garabedian, Dominique Lafleur-Landry, Bernard Lewy-Bertaut, de Groupe Cardinal-Hardy, maintenant appelé Lemay+CHA, Montréal (site Web); et Jean-Guy Côté, chargé de projet (étape préliminaire et dossier définitif), avec l'aide de Julien Dallaire, Martin Grandbois, Amanda Cooke, Emmanuel Favreau, de Arcop, maintenant appelé Architecture49, Montréal (site Web).
Toit vert : Atelier TauTem, Montréal (site Web).
Ingénieurs en structure : Nicolet Chartrand Knoll, Montréal (site Web).
Ingénieurs électromécaniques : Pageau Morel, Montréal (site Web).
Entrepreneur : Pomerleau, Montréal (site Web).
Client : Québecor, Montréal (site Web).
Endroit : 612, rue Saint-Jacques, arrondissement Ville-Marie, Montréal.
Superficie : 16 500 m².
Étages : 21 niveaux.
Matériau notable : Verre (mur-rideau), béton (structure).
Type de projet : Corporatif.
Coût des travaux : 36 millions $.
Année : 2008.

Cet article s'inscrit dans le cadre d'un dossier visant à présenter quelques projets des cinq bureaux formant maintenant la firme Lemay & associés :

Le siège social de Québecor est situé au 612 rue Saint-Jacques depuis 1988. En 2006, l'édifice abritant les opérations de Vidéotron et du portail Canoe, filiales de Québecor alors sises sur la rue Viger, doit être démoli pour la construction du CHUM.

Le déménagement du personnel au siège social implique un agrandissement du bâtiment existant par l'ajout d'une seconde tour de 19 étages à l'arrière de la première de 13 étages. On profite de l'occasion pour remplacer l'horrible parement métallique orange de la tour existante par des panneaux-tampon à l'apparence minimaliste et moderne.

Le projet présentait des défis importants d'intégration dans l'environnement bâti. L'édifice, situé à la frontière entre le Vieux-Montréal et le quartier des affaires, adopte une architecture sobre et élégante qui se fond dans l'un et l'autre environnements. Sur la rue Notre-Dame, un socle de pierre calcaire et de granit noir reprend le rythme et les tons du bâtiment adjacent sans le copier ou le singer.

Le déplacement de l'entrée de stationnement à l'arrière permet non seulement d'améliorer l'aspect de la façade avant donnant sur le square Victoria, mais surtout d'y aménager une entrée principale plus digne et plus spacieuse, ouvrant sur un hall traversant jusqu'à la rue Notre-Dame.

Description du projet selon le communiqué de presse émis par Lemay+CHA et disponible sur v2com (source) :

Au carrefour du Vieux-Montréal, de la Cité du multimédia et du Quartier international de Montréal, le nouveau siège social de Quebecor se fond dans un contexte architectural marqué par différentes époques. Constitué d’un socle habillé de calcaire de quatre et cinq étages qui épouse l'horizontalité et la matérialité de la rue Notre-Dame, sur lequel est déposée une tour de verre qui dialogue avec la verticalité des tours adjacentes, l'ensemble de 21 étages se marie à une trame urbaine dense et relativement complexe. Vue depuis le square Victoria, la silhouette effilée et atypique de la tour se fond dans ce paysage urbain. Avec ses façades à la fois ancrées dans le passé et tournées vers l'avenir, cette composition architecturale apporte équilibre, harmonie, cohérence et pertinence à un angle de rue déstructuré. Elle contribue de manière positive à la renaissance urbaine que vit ce secteur du centre-ville de Montréal.

Un programme chargé allié à des contraintes majeures

En 2006, le Groupe Québecor inc. décide d'agrandir son siège social du 612 rue St-Jacques et de se doter d'un édifice à son image de leader dans le domaine des communications. Le bâtiment d'origine datant de 1962 et construit au départ pour le Crédit Foncier Franco-Canadien, avait déjà subi d'importantes rénovations à la fin des années 90, notamment au niveau des principaux éléments électromécaniques et de l'enveloppe, puisque le mur rideau avait été entièrement refait. 

Le présent projet est un agrandissement de 170 000 pi², répartis sur 19 étages et 2 étages mécaniques, adossé au sud de l'immeuble existant qui comporte 13 étages. 

Le client souhaitait un projet économique et simple, dans un contexte de performance, de valeur à long terme et de qualité. Le mandat de départ exigeait une volumétrie et des finis extérieurs s'intégrant parfaitement à l'architecture de l'immeuble existant et à son environnement ; un milieu de travail favorisant le bien-être des employés tout en restant sobre et sans extravagance, y compris dans le hall d'entrée et les aires occupées par la haute direction. Au fil de l'évolution du projet, il a été suggéré, entre autres, d'exploiter le couronnement de l'immeuble, en aménageant des espaces nobles entièrement ouverts et modulables, pour profiter pleinement des vues spectaculaires sur la ville. Il a aussi été conseillé d'installer des toitures vertes, pour le bien-être de l'immeuble et de ses employés. 

Autour du concept de recyclage et d’intégration

Pour réaliser ce projet, trois conditions apparaissaient essentielles aux architectes : le concept devait, à tous points de vue, reconnecter le bâtiment au contexte et à l’environnement urbains ; l’équipe devait adopter les approches les plus raffinées de design urbain et de gestion de projet ; la réalisation du projet devait reposer sur la qualité du design et des matériaux. 

C’est dans un souci de conservation et de consolidation qu’est né le nouvel édifice de Québecor. Le geste d'utiliser au maximum la structure du bâtiment existant, en greffant un deuxième bâtiment dans la continuité du premier, a été le début d’une longue série d’intentions qui a mené les architectes à penser leur projet autour du concept de recyclage et de réinterprétation des éléments architecturaux existants. Cette dynamique de liaison des deux projets est très perceptible en façade, là où les volumes de verre, de pierre et de maçonnerie grandissent verticalement, se rencontrent ou se prolongent jusqu'au sommet. Elle est aussi très visible de l’intérieur, puisque la plupart des matériaux utilisés en façade pénètrent à l’intérieur de l’immeuble dans les espaces de circulation, reliant indistinctement les deux édifices entre eux. 

Au rez-de-chaussée, cela se traduit par la création d'un nouveau hall d'entrée qui tire parti de la relocalisation de l’ancienne rampe d’accès au stationnement. Ainsi, un nouveau passage public ouvert sur deux étages traverse l’îlot de part en part et relie la rue Notre-Dame au square Victoria. En son centre, un espace d'accueil constitué d’un long mur mobilier de granit noir habillé de verre, dirige le public vers les espaces de circulation verticale et de services. Destiné aux usagers, cet élément du mobilier intégré à l’architecture, permet d’accentuer l’effet d’horizontalité, de transparence et d’aération du passage. En étage, ce lien se traduit par la création de nouveaux paliers de circulation, qui rejoignent les anciens, en franchissant le mur de maçonnerie noire, au sud, ouvert pour l'occasion. Cette liaison se traduit par un détail architectural vivant et élégant qui prend la forme d'un passage entièrement vitré sur 14 étages et qui raccorde le volume en maçonnerie noir ébonite, où sont cachés les ascenseurs du nouvel édifice, avec les halls ou escaliers du bâtiment existant. Tandis que la lumière se reflète sur la surface vitrée de ce nodule de liaison, la pellicule basse-émissivité du verre renvoie sur les façades de maçonnerie mitoyennes un reflet rose-violet, qui réchauffe l’ensemble. Sur les sept derniers étages, un escalier se détache du volume de verre pour apparaître en porte-à-faux sur la nouvelle paroi de maçonnerie noire, animant ainsi les circulations verticales sur la façade principale de l’immeuble. 

La matérialité du nouvel édifice s’inscrit en continuité avec le bâtiment existant, conférant à l’ensemble une homogénéité de couleur et de texture. À la fois technologique et organique dans les paysages qu'elle génère, la peau de l'édifice se raccorde aux façades mitoyennes par des hauteurs de planchers qui respectent ceux du basilaire et des étages existants, notamment sur la rue Notre-Dame. L’uniformité des matériaux répond à un souci d’intégration urbaine du projet, qui adopte volontairement un gabarit et une typologie similaire à celle des bâtiments mitoyens, tout en ayant un langage en façade à la fois contemporain et épuré qui, par effet de contraste, rehausse celui des architectures anciennes. Le choix d‘utiliser la pierre calcaire, le granit noir, le verre et l’aluminium a pour but de créer un lien de couleur neutre entre les variétés de matériaux des bâtiments voisins. 

Perméabilité des espaces : horizontale et verticale

Les espaces du rez-de-chaussée se fondent à travers une aire ouverte tout en étant clairement définis. Ils communiquent entre eux de façon visuelle et physique et se rattachent aux circulations verticales et au passage public qui sont le pilier du projet. Cette stratégie spatiale offre des vues traversantes de la rue Notre-Dame vers le square, apportant une fluidité horizontale. Aux étages, la planification des espaces permet une maximisation de la ventilation et un apport de lumière naturelle adéquat aux fonctions. 

À l’intérieur de l'édifice, les architectes ont voulu souligner la verticalité du projet en faisant ressortir le volume de l’escalier sur plusieurs étages, tout en lui conférant un aspect théâtral rehaussé à l’aide de panneaux de verre et d’un éclairage ponctuel de part et d’autre de l’escalier. Cet éclairage particulier couvre horizontalement l’ensemble du lien vitré dans sa partie exposée. Le soir venu, de par sa présence détachée de tout immeuble adjacent, une signature lumineuse marque la présence de l’immeuble sur la face sud du square et aussi à partir du boulevard René-Lévesque en surplomb. L’ensemble devient très perceptible, apportant animation et intérêt, tout en laissant entrevoir les activités qui se déroulent à l’intérieur. 

Au 19e étage étage de l'immeuble, l'ensemble des espaces a été traité dans un souci de perméabilité horizontale, pour permettre une vision complètement dégagée et donner à tous l’opportunité de profiter pleinement des vues saisissantes sur le centre-ville, le Vieux-Montréal et le fleuve. Ainsi, au sortir de l'ascenseur, les visiteurs sont en quelque sorte projetés dans le vide, avec une vue plongeante sur le square Victoria et les tours du centre-ville, en face. L'immense salle multifonctionnelle qui occupe une grande partie du 19e étage, est équipée de séparateurs acoustiques intégrés au plafond qui descendent selon les besoins et permettent de moduler la salle en 1, 2 ou 3 espaces. La hauteur sous plafond est de 14 pieds de haut et l'on distingue parfaitement la volumétrie et la structure de couronnement de l’immeuble, laissée volontairement apparente. Cette salle comporte également un haut contenu technologique, pour des représentations multimédias, et offre aussi un éclairage naturel et artificiel modulable, par le biais de stores opaques et translucides qui montent ou qui descendent. 

Des gestes simples, synonymes de durabilité et d’accessibilité

Tout d’abord, le geste de regrouper tous les employés d’une entreprise sur un même lieu de travail en leur faisant bénéficier du métro et du transport en commun adjacent, relève de la première décision prise en matière de développement durable et d’accessibilité sur ce projet. Ensuite, la façade du basilaire sur la rue Notre-Dame est composée de panneaux de pierre calcaire St Marc, une pierre locale, préfabriquée puis transportée et installée sur place. Cette technique de construction permet de réduire considérablement les coûts et l’énergie utilisée, en augmentant la rapidité de fabrication et surtout de pose des matériaux de la façade. Également, toutes les fenestrations du projet ont été calibrées et dimensionnées selon l’orientation pour profiter des gains solaires et éviter les surchauffes. Les architectes ont notamment porté une attention particulière à la qualité et la quantité de lumière naturelle pénétrant dans les espaces, organisant les surfaces de bureaux à aire ouverte le plus près possible de cette périphérie de lumière naturelle. 

Les concepteurs à l’origine du projet ont par ailleurs pensé à une évolution du projet. Ils ont ainsi prévu, lors de la conception, la présence de plusieurs toitures vertes qui permettent de réduire l’effet d’îlot de chaleur et de gérer les eaux pluviales. Écarté en cours de projet pour des raisons budgétaires, l’idée est restée présente chez le propriétaire qui lui a finalement donné suite en toute fin de projet. Situé sur la tour nord à une altitude de quinze étages, ce toit vert, le plus haut du Québec, est surplombé par six étages de la tour sud et accessible depuis le hall d’ascenseur du 15e étage. Avec le décor du centre-ville de Montréal en arrière-scène, le concept est en harmonie avec la composition des tours. Hautement visible à partir de l’immeuble, ce jardin dans le ciel retient les eaux de pluie, réduit les îlots de chaleur urbains, améliore la durée de vie des membranes d’étanchéité et encourage la biodiversité. 

Enfin, tous les espaces du projet ont été conçus, dès le début, comme des environnements sans obstacle et universellement accessibles, de sorte que toute la population, incluant les personnes ayant des incapacités temporaires ou permanentes, puisse emprunter les mêmes parcours, bénéficier de la plus grande autonomie possible et vivre en toute liberté et sécurité. 

Grâce à tous ces détails apportés lors de la conception, de l’exécution, grâce aux choix délibérés effectués par les architectes, le projet Québecor respecte un contexte urbain très défini, tout en offrant des innovations et une qualité architecturale très appréciée des travailleurs et des citadins qui fréquentent le bâtiment.