Scénographie de Requiem(s) King Lear

par Mazen Chamseddine

Scénographie de Requiem(s) King Lear Hygiène sociale Désobéissance civile Charte des raisons communes Vodka pour tous

Scénographie : Mazen Chamseddine (installation et espace), sous la direction de Hanna Abd El Nour (texte et mise en scène).
Équipe : Jean-François Blouin (conception sonore), Laurence Croteau-Langevin (direction de production), Fruzsina Lanyi (costumes), Martin Sirois (lumières), Ali Youssof (dramaturgie), Laurence Croteau-Langevin (direction de production) et Camille Robillard (régie et assistance à la mise en scène).
Production : URD Théâtre, Québec (site Web), et Volte 21, Montréal (site Web).
Endroit : Espace Libre, 1945, rue Fullum, arrondissement de Ville-Marie, Montréal.
Distinction : Finaliste aux Prix d'excellence en architecture 2015, catégorie « Œuvres hors catégorie », décernés par l'Ordre des architectes du Québec.
Matériau notable : Bois.
Type de projet : Scénographie, installation éphémère.
Année : 2015.

Source : v2com.

En spectacle à Espace Libre jusqu'au samedi le 17 janvier prochain, la pièce Requiem(s) King Lear Hygiène sociale Désobéissance civile Charte des raisons communes Vodka pour tous, écrite et mise en scène par Hanna Abd El Nour, fait participer le public et évolue selon cette interaction. Le cadre de cette expérience est un décor à mi-chemin entre la scénographie et l'installation architecturale réalisé par l'architecte Mazen Chamseddine. Une grande structure de bois, sur laquelle le public peut agir, est entourée de 175 piles de journaux pouvant aussi servir de sièges.

Des activités parallèles sont tenues après certaines représentations, avec le metteur en scène comme médiateur :
Mercredi 14 janvier : SHAKESPEARE NOTRE CONTEMPORAIN ? — Invitée : Émilie Martz-Kuhn.
Jeudi 15 janvier : LE THÉÂTRE EST-IL NÉCESSAIRE ? — Équipe de création / Comédiens et concepteurs.
Vendredi 16 janvier : LA CULTURE EST LE LIEU DE L'HOMME, POURQUOI PERSONNE N'Y HABITE ? — Invité : Pierre Mouterde.

Description du projet par ses artisans, émis par communiqué de presse le 12 janvier 2015 :

Dans une ancienne caserne convertie en salle de théâtre, ce projet vise à mettre en espace l’œuvre de Shakespeare « Le Roi Lear », avec une écriture contemporaine, afin de créer un espace de jeu pour les comédiens mais aussi à recevoir les spectateurs. Il s'agit ici de créer une installation à l'image de la ville, un théâtre à 360 degrés.

Cette scénographie immersive, cette architecture éphémère s’inspire du Roi Lear et de son destin, qui se trouve du jour au lendemain dépourvu de son pouvoir, sans abri et sans statut, un « No body » qui vit dans un « no where », attaché à rien, à « no thing »... Elle s’inspire aussi du travail des comédiens, influence leur jeu. Elle devient un « espace temps » à habiter. L’un animera l’autre, l’un nourrira l’autre.

Trois mondes se côtoient dans cette scénographie créée in situ, trois éléments définissent l’espace : une immense structure de bois, des piles de journaux et un bloc de béton. Ces trois éléments entrent en conflit avec la lumière et la musique, et créent l'agora politique accueillant ainsi les idées des comédiens et des citoyens.

Dans cette impressionnante salle de théâtre, les murs du béton brut sont laissés à nu, et feront partie de la mise en espace, du paysage scénographique. La structure de bois divise la salle en diagonale s'opposant à la brutalité et la froideur de ces murs, offrant une transparence, une malléabilité. Elle s'impose comme un objet étrange, une œuvre d'art, une ouverture voire un passage vers un monde imaginaire.

La structure de bois devient un contenu et un contenant à la fois, c’est une passerelle dans un grand rectangle vide qui est la salle de théâtre !

Suspendue dans les airs, cette installation représente le « no where » ou le non-lieu, un espace inconfortable pour y habiter (inhabitable) et instable pour traverser... deux sculptures-miroirs séparées par un vide, un « trou noir » qui devient le centre (de l'univers) et qui se déplace à l'infini.

Les 175 piles de journaux qui contiennent les nouvelles de la ville envahissent le lieu, et le transforment en un grand labyrinthe, en cimetière. Tout en créant la lande déserte du Roi Lear, ils ont une fonction de sièges pour le public. Les journaux sont placés dans la salle suivant une trame urbaine cartésienne, traversée par deux orages, transformant cette configuration en créant deux nouveaux centres aux deux bouts de la salle. Les barrières entre les spectateurs et les comédiens s’effacent…

Le bloc de béton, qui a les mêmes dimensions qu'une pile de journaux, est positionné face au mur de la salle. Pierre tombale, centre de l’univers, il devient le contrepoids de la structure suspendue et le point de repère : un landmark de notre ville imaginaire... Les fils d'acier qui servent à suspendre l'installation, augmentent le sentiment d'insécurité et de fragilité, créent une image poétique et rappellent les fils du destin, les liens entre les êtres, l'hygiène sociale de la cité.

La création

En début janvier, Espace Libre est de retour avec Requiem (s) King Lear Hygiène sociale Désobéissance civile Charte des raisons communes Vodka pour tous, la deuxième création de Hanna Abd El Nour proposée sur une scène montréalaise en cette saison 2014-2015 après sa mise en scène de Nombreux seront nos ennemis, un texte de Geneviève Desrosiers, en ouverture de saison à La Chapelle.

L’artiste d’origine libanaise qui est arrivé au Québec depuis une dizaine d’années, récemment installé à Montréal, poursuit une démarche interdisciplinaire originale. Ainsi, Requiem(s) King Lear est une oeuvre à la scénographie immersive où la frontière entre la scène et la salle est abolie. Architecture, performance, arts visuels et musique se décloisonnent et entrent en dialogues pour créer de nouveaux paysages humains, pour jeter un regard critique sur le monde dans lequel on vit. L'écriture scénique est constituée d’un arrimage de poèmes, chants, slogans, idées, afin de tisser une matière verbale spontanée — scandée comme des phrases parlées ou entendues dans la rue — qui se module, se réinvente pour constituer les partitions du spectacle, composer ses scènes et ses tableaux.

Utilisant le Roi Lear de Shakespeare comme source d’inspiration, Requiem(s) King Lear propose une fête théâtrale sur la genèse de la société québécoise, largement documentée et inspirée des écrits de grands penseurs et anthropologues québécois comme Fernand Dumont, Bernard Arcand et Serge Bouchard. Des fragments et des citations de ceux-ci s’y trouveront enfouis dans le texte donné en spectacle qui propose, tel que décrit par son auteur, « une mise en deuil festive et sensorielle de nos lieux communs québécois » : le pâté chinois, la chasse, la fin du mâle, le baseball, le hockey, la misère, les cartes, le cimetière, le caribou, et plus encore.

King Lear en filigrane pour questionner le Québec et le monde contemporain.

Cette œuvre au titre singulier et évocateur propose plus largement une réflexion universelle sur l’identité, le territoire, les pouvoirs et notre place comme être social.

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