Résidence LeJeune

par Architecture Open Form

Résidence LeJeune

Architectes : Maxime Moreau, architecte chargé de projet, et Adam Robinson, Dany Durand-Courchesne, Valérie Derôme-Massé et Eric Engdahl, de Architecture Open Form, Montréal (site Web).
Designer d'intérieur : Christian Bélanger Design, Montréal (site Web).
Ingénieur : Domenic Di Modica, Laval (page Linkedin)
Endroit : Rue Le Jeune, arrondissement Le Plateau–Mont-Royal, Montréal.
Aire du bâtiment : 77 m² (835 pi²).
Étages : 2 niveaux hors sol.
Matériaux notables : céramique blanche (salle de bain), feuilles d'acier (foyer) et clin de bois noir (parement extérieur).
Type de projet : Rénovation, résidentiel unifamilial.
Fin des travaux : 2015.
Construction d'origine : 1890.

Photographe : Adrien Williams, Montréal (site Web).

L'arrondissement Le Plateau-Mont-Royal est reconnu pour ses règles sévères en matière de respect du patrimoine bâti. Ce n'est pas une mauvaise chose : le charme du quartier tient beaucoup à son homogénéité architecturale et il en va de l'intérêt commun de préserver sa personnalité. Cela présente toutefois un défi particulier pour les architectes devant y travailler puisque démêler les différentes exigences n'est pas toujours chose facile.

La solution conçue par l'équipe d'Open Form Architecture est sobre et élégante. La façade de bois d'origine, cachée derrière un parement métallique, est remise à nu et teinte en noir. La couleur sombre donne une touche de modernité à l'extérieur de la maison, modernité qui contraste avec la panoplie de petits détails d'architecture vernaculaire qui ont été préservés – superbe corniche, larges cadres et fenêtres à carreaux forment un ensemble cohérent et chaleureux.

À l'intérieur, l'exiguïté des lieux est compensée par un vestibule d'entrée double hauteur et des espaces de vie à aire ouverte. L'été venu, le salon s'étend sur la terrasse extérieure, véritable pièce supplémentaire. Le design d'intérieur a été réalisé en collaboration avec Christian Bélanger Design.

Description du projet par ses architectes :

Construite en 1890, au cœur du Plateau-Mont-Royal, la création de la Résidence Lejeune émerge du jeu des contraintes municipales. Le règlement d’urbanisme de cet arrondissement prescrit des dispositions particulières relatives à l’exigence à l’égard de la préservation ou du retour d’une composante architecturale d’origine.

L’apparente étroitesse de jeu entre le désir des clients qui souhaitaient avoir un projet résolument contemporain et l’obligation de l’arrondissement de garder le cachet ancestral des façades, la créativité d’Architecture Open Form aura répondu au défi de trouver une solution ingénieuse pour la réalisation des travaux.

Les clients et leur programme

Les clients, un couple de professionnels établis ayant un penchant prononcé pour la photographie, les arts et l'architecture, n’en sont pas à leur premier projet. En fait, cette maison est leur neuvième résidence. Appuyés par leur riche expérience en rénovation, les propriétaires ont toujours modernisé leurs domiciles eux-mêmes, et ce, avec un grand souci pour les détails et les matériaux. Pour la première fois, ils rêvaient de faire appel à un architecte pour concevoir une maison aménagée selon leur mode de vie minimaliste, incarné par la simplicité et l'élégance.

En 2012, ils décident de vendre leur résidence, de style moderne, à Laval afin de revenir vivre à Montréal et plus précisément sur le Plateau-Mont-Royal, dans un des quartiers les plus créatifs du Canada. Ils achètent un duplex détérioré sur la rue Lejeune dans le Mile End. Le bâtiment était conçu à la fin du XIXe siècle pour loger les palefreniers qui s’occupaient des chevaux et des calèches des citoyens qui habitaient sur le boulevard Saint-Joseph. Le but était de transformer le bâtiment existant en une résidence unifamiliale offrant des espaces de vie aérés, soignés, une grande liberté dans l'usage des pièces intérieures et une architecture ouverte sur l’extérieur.

Malgré la fragilité du bâtiment et de sa structure, les clients désiraient développer non seulement un projet d’architecture durable (pour y vivre pendant plusieurs années), audacieuse et de grande qualité, mais aussi une architecture qui allait rappeler les caractéristiques d’un bâtiment historique de plus de 125 ans.

Retour à l’origine

Bien que les façades du bâtiment existant furent recouvertes d’un revêtement de tôle au milieu du XXe siècle, de façon à protéger le clin de bois d’origine et à réduire les risques de propagation des flammes, l’arrondissement exigeait le retour du revêtement de bois dans sa forme d’origine.

Devant la volonté de rappeler l’évolution de la façade, le désir d’utiliser un langage architectural contemporain et audacieux et l’obligation de respecter le Règlement sur les PIIA (Plans d’implantation et d’intégration architecturale), l’architecte, Maxime Moreau, a travaillé la façade principale comme une œuvre expérimentale chargée d’actions nouvelles.

Façade

La combinaison des composantes architecturales d’origine (la corniche en bois restaurée, le revêtement extérieur en clin de bois, les moulures encadrant les ouvertures et les fenêtres à crémones en pin solide à six carreaux) avec une teinte noire (couleur typée dans l’art avant-gardiste et l’architecture), a répondu aux exigences sur la préservation du patrimoine du Plateau-Mont-Royal tout en répondant au goût aventureux des clients.

Effectivement, la nouvelle façade monochrome suggère une œuvre énigmatique et crée un point zéro, un nouveau départ.

Le jour, la peinture noire rend les détails plus difficiles à discerner. Les formes élémentaires de la résidence sont mises de l’avant. Les moustiquaires forment des écrans ajourés qui produisent un effet intemporel aux nuances de noir. Ils cachent aussi les carreaux antiques, qui se découvrent uniquement le soir, quand le bâtiment se mue en une maison rustique d’autrefois. L’éclairage intercalé nous fait découvrir la forme du revêtement extérieur, le détail de fenêtres et les ornementations de la corniche qui surmonte la façade.

Intérieur (en collaboration avec Christian Bélanger Design)

L’optimisation des espaces intérieurs, considérant l’aire du bâtiment de 77 m² (835 pieds carrés), était cruciale et devait faire partie intégrante du processus de conception afin d’assurer une vision à long terme du projet. Aussi, le mode vie des clients, rythmé par les saisons, nécessitait l’ouverture des espaces de vie au rez-de-chaussée sur la cour arrière.

Pour le client, « vivre dehors » correspondait à prolonger l’espace de vie intérieur vers l’extérieur avec le même souci de confort et de qualité qu’une pièce intérieure. La distinction entre l’intérieur et l’extérieur est subtile puisque l’espace fût réfléchi comme un tout. La façade arrière a été ouverte sur toute la largeur du séjour (13 pieds) grâce à une large porte coulissante, double-vitrée et d’une hauteur plancher-plafond, limitant ainsi les cloisons. La maximisation de l’ouverture donnant sur la terrasse permet, une fois la saison estivale installée, de transporter facilement tout le mobilier du salon à l’extérieur. La terrasse, qui est au même niveau que le plancher fini à l’intérieur, est donc l’extension naturelle de la résidence et permet au client de profiter de l’espace extérieur le plus longtemps possible. De plus, les différents éléments, comme le foyer et le jardin, peuvent être appréciés de l’intérieur ou de l’extérieur, brouillant davantage les limites de l’espace.

De plus, le besoin de maximiser les surfaces habitables a permis à l’architecte de proposer un mode de vie différent et complètement minimaliste. Les espaces ainsi que le mobilier répondent à différents usages traditionnels. Par exemple, on note l’absence d’une salle à manger typique. Celle-ci est remplacée par un espace à aire ouverte entre la cuisine, le salon et la terrasse, ainsi que par un mobilier adapté aux besoins des clients. Habituellement, les clients mangent à l'îlot, alors qu’à d’autres occasions sur une table de salon basse qui se déplie et se soulève pour former une table plus traditionnelle pendant les grandes fêtes. Ainsi, par la liberté fonctionnelle de l’espace et la simplicité du mobilier, il est encore plus facile de se tourner vers l’extérieur et de déplacer la salle à manger complètement à l’extérieur et de profiter pleinement de la saison estivale. Le mobilier blanc contemporain se juxtapose parfaitement avec la terrasse en bois qui se poursuit sur le côté sud pour former un long banc, puis une niche pour dissimuler une lumière une fois la nuit tombée et une clôture pour assurer l’intimité.

En ce qui concerne l’entrée de la Résidence Lejeune, une double hauteur fût travaillée afin de donner une illusion de grandeur à l’espace. En effet, juxtaposé aux deux fenêtres en façade, l’espace d’entrée est très lumineux, permettant ainsi de mettre en valeur le vide, de créer une respiration et d’apprécier l’éclairage chaleureux suspendu comme une œuvre d’art à la toiture. Ce temps de repos marque l’arrivée ainsi que la transition entre les espaces. De plus, une bibliothèque noire, élément contraste, accompagne la transition entre l’entrée et les espaces de vie. Le mobilier intégré à l’architecture articule l’espace en connectant les fonctions l’une à l’autre dans l’ensemble architectural. Les matériaux et couleurs du mobilier intégré déterminent les zones donnant encore une fois une impression de grandeur et de fluidité à l’espace.

Si un éclairage judicieux est primordial en design, ce l’est encore plus dans un lieu restreint. Dans le cas de la Résidence Lejeune, l’absence de limite physique entre les espaces permet d’augmenter la superficie habitable et de s’adapter à un mode de vie dynamique. Afin de contribuer à cet espace et aux différents usages que peuvent prendre un même espace, une variété d’éclairage de types fixe et amovible fût intégrée au plafond et aux murs de manière à créer un amalgame d’ambiances selon l’utilisation et l’humeur du client. Que ce soit pour illuminer pleinement l’espace pendant les repas ou le travail, ou pour permettre une ambiance plus tamisée pour la détente, l’éclairage est toujours adapté et contribue au confort de l’espace.

Ainsi, dans un espace minimaliste, avec très peu de décoration, Architecture Open Form a créé un espace complet qui répond à tous les besoins des clients et qui invite à une sérénité et une quiétude intérieure. La simplicité de l’espace ne limite en aucun cas la qualité ainsi que le confort du lieu. Le mobilier choisi pour les espaces intérieurs est très épuré, contemporain et sobre, s’harmonisant ainsi au mode de vie des clients.

Source : Architecture Open Form / v2com.

 
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