Projet Sainte-Germaine-Cousin

par Rayside Labossière

Projet Sainte-Germaine-Cousin

Architectes : Syndie Leblanc, chargée de projet, Antonin Labossière, architecte, Ron Rayside, architecte, et leur équipe de Rayside Labossière, Montréal (site Web).
Ingénieurs en structure : Louise Leconte et Jonathan Lessard, de SDK et associés, Montréal (site Web).
Ingénieurs civils, électriques, mécaniques et protection incendie : Eurico Afonso, responsable du projet, Marc Desbiens, ingénieur mécanique, et Martin Bélanger, ingénieur protection incendie, de Équation Groupe Conseil, Laval (site Web).
Arpenteurs : Tessier et Cloutier Arpenteurs-Géomètres, Montréal (site Web).
Laboratoire d'analyse : Qualitas, Montréal (site Web).
Décontamination de l'église : Géninovation, Montréal (site Web).
Entrepreneur général : Constructions Bâtiments Québec (BQ) inc., Saint-Mathieu-de-Beloeil (site Web).
Excavation : Bircon inc., Lanoraie.
Groupe de ressources techniques : Bâtir son Quartier, Montréal (site Web).
Client : Corporation Mainbourg, Montréal (site Web).
Partenaires supplémentaires : Diocèse de Montréal, Montréal (site Web), Atelier d'histoire de la Pointe-aux-Trembles, Montréal (site Web); Corporation de développement communautaire de la Pointe, Montréal (site Web); Paroisse Sainte-Germaine-Cousin, Montréal; Centre de santé et des services sociaux Pointe-de-l'Île, Montréal; et Bureau du patrimoine de la Ville de Montréal.
Adresse : 14205, rue Notre-Dame Est, arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Montréal.
Superficie : 12 300 m² (132 000 pi²).
Étages : 4 niveaux.
Programme : 126 unités de logement pour personnes âgées, 21 chambres en ressource intermédiaire, un CPE de 60 places, une salle communautaire, des cuisines communautaires au sous-sol de l’église, une salle à manger, un espace restaurant dans la nef et des bureaux administratifs dans le presbytère.
Distinctions : Lauréat du Prix Novae de l'Entreprise citoyenne 2016 dans la catégorie « Bâtiments durables »; finaliste au Prix Armatura 2014 dans la catégorie résidentielle décerné par l'Institut d'acier d'armature du Québec (IAAQ).
Matériaux notables : Revêtements de brique et d'aluminium de couleurs grise et bleue.
Type de projet : Institutionnel, résidentiel multilogement communautaire, commercial.
Coût des travaux : 25 millions.
Réalisation : 2005 - 2015.

Photographe : Saul Rosales, Montréal (site Web).

Description du projet par ses architectes :

Le projet consistait en la transformation de l'église abandonnée Sainte-Germaine-Cousin. Cet édifice patrimonial a non seulement été préservé, mais développé en centre multifonctionnel auquel s'est annexé une nouvelle construction accueillant plus d'une centaine de logements communautaires. Le projet aura pris près de dix ans de travail acharné. La firme d'architectes s'est d'ailleurs impliquée bénévolement dès les débuts, afin d'accompagner la Corporation Mainbourg et de donner la meilleure des chances au développement du projet.

La transformation de l'ancienne église et l'architecture audacieuse du nouveau bâtiment, une structure en « S », tissent le pont entre le passé et le présent. Ce projet avant-gardiste, en plus de comporter des composantes écologiques et durables, a su promouvoir et créer un impact financier important pour l'arrondissement; il contribue à revitaliser le quartier et à améliorer la qualité de vie de milliers de personnes.

La mise en valeur d'un édifice patrimonial à travers une construction moderne et originale est une approche hors du commun qui pousse à la réflexion sur les façons de faire courantes dans le milieu.

Défis patrimoniaux

Le processus de reconnaissance patrimoniale constitue un défi important dans la réalisation du projet. Bien qu'il est vrai que l'absence de normes patrimoniales offre une plus grande liberté dans l'élaboration d'un concept de réaménagement, les considérations patrimoniales peuvent également indiquer une certaine direction au projet.

En 2009, une demande de citation est déposée pour le bâtiment. Le Bureau du patrimoine de Montréal procède à une analyse de l’intérêt patrimonial de l’église. Cela a cependant pour effet de stopper toutes les démarches et discussions en cours, puisque le nouveau projet devra se conformer aux normes patrimoniales émises. Après discussion, les porteurs du projet s'engagent à respecter et mettre en valeur le bâtiment en respectant les recommandations du Bureau du patrimoine, notamment en préservant le muret qui encercle l'église et en délimitant une zone où la construction sera interdite pour s'assurer que la vue sur l'église ne sera pas altérée. En contrepartie, le Bureau du patrimoine accepte de suspendre le processus de citation patrimoniale jusqu'à la fin du projet.

L’enjeu est d’autant plus important que le projet inclut la construction d’une nouvelle structure. Dans ce contexte, une réflexion a eu lieu à savoir si la nouvelle construction devait s’effacer pour ne pas diminuer la valeur patrimoniale du site, si elle devait tenter d’intégrer des composantes du style d’origine ou si, au contraire, elle devrait affirmer sa propre identité à travers des caractéristiques uniques et distinctes. Cette troisième option est celle qui a été retenue dans le cas présent.

L'église est préservée et intégrée au projet. Le muret qui entoure l'église et les vues sont également protégés et mis en valeur.

Finalement, les problèmes de contamination et d’amiante de ces sites d’envergure constituent encore et toujours un défi majeur pour la revitalisation des immeubles.

Client

La Corporation Mainbourg est une entreprise d’économie sociale propriétaire et gestionnaire d’immeubles à vocation communautaire qui participe activement au développement socioéconomique du milieu ainsi qu’à l’amélioration de la qualité de vie de la communauté locale. La corporation est notamment gestionnaire et co-propriétaire du centre communautaire Le Mainbourg et gestionnaire des logements sociaux Habitations communautaires Mainbourg.

Plusieurs partenaires ont été amenés autour de la table des discussions pour assurer le respect des préoccupations architecturales exprimées par les experts. Une charrette de design a également été organisée pour décider avec la communauté du design final de la nouvelle construction.

Coûts

Les coûts de réalisation sont estimés à 25 millions $. Le projet est financé par l’entremise de différents programmes, notamment le programme Accès Logis de la Société d’habitation du Québec et les programmes de ressources intermédiaires. Des revenus liés à la location des espaces aménagés dans l’église sont également des revenus potentiels pour l’entretien des bâtiments. D’autres sources additionnelles de financement sont également possibles, dépendamment des usages retenus pour l’église.

Performance environnementale

Le projet comporte de nombreuses caractéristiques vertes et durables dont entres autres, ses terrasses vertes. Ces dernières offrent une  multitude d'avantages tant à l'immeuble qu'à ses usagers. Elles permettent de générer une nouvelle activité économique en exploitant les espaces inutilisés des toits et offre une meilleure qualité de vie aux gens. Les résidents peuvent contribuer à l'aménagement paysager et au jardinage en s'occupant des bacs de compostage et de jardinage. 

Aussi, bien qu'elles soient plus coûteuses, les terrasses vertes protègent la membrane du toit des rayons ultraviolets et permettent de prolonger sa longévité (durée de vie de 2 à 3 fois supérieure à une membrane exposée). Les terrasses vertes de l'édifice augmentent l’isolation du toit, ce qui modère les gains et les pertes de chaleur et réduit la consommation d’énergie de climatisation et de chauffage. De plus, elles sont efficaces contre les îlots de chaleur; elles régulent les mouvements thermiques de l'air et elles contribuent à réduire les gaz à effet de serre. Finalement, ces oasis de fraicheur procurent un habitat pour une variété d’espèces comme les oiseaux, les insectes, les abeilles pollinisatrices, les papillons, etc.

En plus des terrasses vertes, une toiture blanche a été aménagée afin, une fois de plus, de contrer les îlots de chaleur en milieu urbain.

La nouvelle construction et les espaces intérieurs ont été aménagés en fonction d'une utilisation maximale de la luminosité naturelle.

Des bassins de rétention d'eau ont également été aménagés sur les toitures vertes. Ils servent à retenir jusqu’à 75 % de l’eau de pluie pour lui permettre de s'accumuler sur le site, et non d'être automatiquement évacuée dans les égouts, ce qui diminue les risques de refoulement d’égouts, d’inondation et de contamination de l’eau potable. 

Le bâtiment profite d'un système de géothermie vertical. Les 25 puits, creusés à plus de 130 mètres dans le sol, permettent d'alimenter approximativement 30 000 pi. ca. Bien que l'investissement soit coûteux, ce système permet une économie d'énergie de 50 à 60 %, autant pour les frais de chauffage que ceux pour la climatisation.

Pour diminuer les émissions de CO2, du béton Contempra a été utilisé.  Il ne coûte pas plus cher que le ciment Portland ordinaire, ou presque, et est aussi performant, durable et résistant, bien qu’il reste encore peu connu. Le béton Contempra  contribue à réduire l'empreinte carbone de l'industrie autant dans sa production que dans son utilisation. En diminuant la proportion de clinker et en augmentant celle du calcaire, le procédé permet de diminuer la quantité d'énergie requise pour la fabrication du clinker et par le fait même les émissions de G.E.S.  Ce n’est donc qu’une question de temps avant que le béton Contempra ne devienne la norme dans la construction.

Dans le stationnement, des bornes de recharge permettent d'accueillir et d'accommoder les voitures électriques. Un autre élément qui propulse le site patrimonial dans le monde de demain où l'on préconise les énergies vertes et le développement durable.

Les architectes ont aussi installé des trappes à recyclage en plus de trappes à déchets traditionnelles pour promouvoir la préservation des ressources naturelles et réduire encore une fois l'empreinte écologique des usagers de Ste-Germaine-Cousin.

Toutes ces installations permettent de réduire substantiellement et efficacement la quantité de matière résiduelle des locataires et des employés, ainsi que leur consommation énergétique.

Problématiques et solutions

Le désamiantage de l'église a représenté un défi considérable car les coûts associés à la préservation du bâtiment ont complexifié le financement du projet. Malgré ce défi, le succès de l'opération a permis de protéger un bâtiment exceptionnel de grande valeur patrimoniale, en plus de permettre l'accès à un site historique qui était bloqué aux visiteurs jusqu'à ce jour.

D'ailleurs, dans ce cas-ci ainsi que dans de nombreux autres, la rénovation d'un bâtiment plutôt que sa démolition et sa reconstruction complète est bien souvent une solution plus écologique.

La construction hivernale a une incidence considérable sur les projets, tant sur les plans financier que sécuritaire. Ses conditions difficiles ont pu être minimalement évitées en planifiant et en réalisant efficacement les étapes plus sensibles aux températures en belle saison, afin d'éviter tout surcoût. Par exemple, la compaction du sol et la structure devaient être complétées avant la venue de l'hiver afin d'éviter une surconsommation d'énergie inutile. En effet, lors d'une coulée de béton en saison froide, les professionnels doivent chauffer le béton pendant 7 jours afin d'éviter toute fissure. 

Analyse du cycle de vie

Même s'il n'y a pas eu d'analyse du cycle de vie, la plupart des matériaux ont été préférés par leur provenance et par leur faible empreinte écologique.

Aspects financiers

Des subventions ont été accordées dans le cadre du programme AccèsLogis afin de réaliser le projet.

En plus de cette subvention, 1 million de dollars en mesures vertes a été investis et utilisés pour réaliser les toitures vertes. En tout, il s'agit ici d'un projet dans lequel plus d'une trentaine de millions ont été investis sous forme de financement.

Impacts positifs sur les usagers

Ce projet avant-gardiste, en plus de comporter des composantes écologiques et durables a su promouvoir et créer un impact financier important pour l'arrondissement; il contribue à revitaliser le quartier et à améliorer la qualité de vie de milliers de personnes. En aménageant un CPE et un centre communautaire multifonctionnel aux côtés du centre d'hébergement destinés aux personnes âgées, l'équipe a su créer un milieu de vie riche qui incite à la mixité et aux échanges multi générationnels. 

Source : Rayside Labossière.

 
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