Maison Lac Jasper

par Architecturama

Maison Lac Jasper

Architectes : Sylvain Bilodeau, architecte, et Nicolas Mathieu-Tremblay, architecte, de Architecturama, Montréal (site Web).
Ingénieurs en structure : WSP Global, Montréal (site Web).
Revêtement extérieur : Éco-Cèdre, Saint-Donat (site Web).
Entrepreneur : Les entreprises Sylvain Lachance, Rawdon.
Endroit : Chertsey, Lanaudière.
Aire de bâtiment : 80 m² (900 pi²).
Aire de plancher : 140 m² (1500 pi²).
Étages : 3 niveaux.
Distinction : Finaliste aux Prix d'excellence en architecture 2015, décernés par l'Ordre des architectes du Québec, dans la catégorie « Bâtiments résidentiels de type unifamilial ».
Matériaux notables : Cèdre de l'est (parement) et couleur turquoise.
Type de projet : Résidentiel unifamilial.
Livraison : 2014.

Photographe : James Brittain Photography, Montréal (site Web).

Il est très rare de voir s'ériger au Québec une architecture véritablement expérimentale, surtout dans le domaine résidentiel. C'est bien normal : se construire une maison coûte très cher et on tend ainsi à limiter les risques. Or, pour la conception d'un chalet à Chertsey, l'équipe de Architecturama s'est mise en danger en choisissant une approche profondément audacieuse. Centré autour d'un espace commun occupé par une structure en gradins entièrement reconfigurable, le résultat est unique et fondamentalement original.

Le bâtiment se démarque par son vaste espace polyvalent et transformable qui occupe la totalité de la façade sud. Dotée d'une grande baie vitrée donnant sur le lac et le magnifique paysage lanaudois, elle offre une vue splendide et fait pénétrer à l'intérieur une abondante lumière naturelle. Côté nord, une succession de petites pièces (chambres à coucher, salles de bain et cuisine) sont ingénieusement emboîtées l'une dans l'autre, laissant ainsi un maximum d'espace pour la pièce principale. Meublée de gradins modulaires faits de bois et d'acier, celle-ci a un caractère convivial qui invite à la réorganiser selon les besoins, lui permettant de servir autant de studio de travail que de dortoir pour héberger des amis.

Malgré tout, la maison se glisse discrètement dans le paysage, son revêtement en cèdre de l'est ayant obtenu une patine grise qui le fait disparaître parmi les arbres. Seul un bandeau de couleur turquoise laisse transparaître son originalité.

Description du projet par ses architectes :

Seuls, nombreux ou en famille, l’état d’esprit recherché par les propriétaires était décontracté et convivial, proche de l’idée du chalet, mais empreint d’un certain raffinement, notamment dans les relations entre les espaces et entre les gens. L’intention était de construire une architecture présente, vivante et enthousiaste, qui fait appel aux sens.

Le processus de conception, basé sur le contexte, la symbiose avec le site et la réduction de l’empreinte environnementale a aussi permis de réfléchir aux fonctionnalités et à leur optimisation.

Minimum / maximum

Les fonctions sont divisées en deux types. Des espaces minimaux, renfermant les usages nécessitant des aménagements fixes et inflexibles ou une plus grande intimité, sont empilés du côté nord. Un espace ‘maximal’, contenant toutes les autres fonctions, occupe le côté sud et permet une appropriation libre, ouverte à l’interprétation et à la transformation.

Gradins

Deux gradins de bois, se croisant à angle droit, sont construits dans l’espace principal. Ils sont à la fois mobilier surdimensionné, agora, circulations, filtres, parois, bibliothèques, supports, etc. Ils peuvent être modifiées à trois niveaux : blocs libres déplaçables à volonté (servant de table d’appoint, de dossier, de marche, etc.), paliers intermédiaires boulonnés à la structure principale et permettant des reconfigurations régulières, et l’ensemble des gradins, uniquement déposé sur la dalle de béton, qui peut être reconstruit de manière entièrement différente.

Respectivement sur les faces sud et ouest, les gradins rejoignent le niveau du sol extérieur. Leur inclinaison prolonge à l’intérieur de la maison la forme du site, tout en l’accentuant. Des espaces sont ainsi délimités de manière plus ou moins poreuse. En partie haute, ils permettent de profiter de la vue tout en demeurant en continuité physique et visuelle avec le sol. Près de la cuisine, le gradin devient à la fois un espace de travail attenant à la cuisine et une table pouvant accueillir 8 personnes assises.

Le système de gradins est modulaire et la plupart des éléments qui le composent sont standardisés.

Sens et perception

Contrastes, ambiances, matérialité, qualité de la lumière et contact modulé avec l’extérieur composent des expériences sensorielles.

Suspendu entre les cimes des arbres, le spectacle immanent de la nature se déploie. Dans cet observatoire, l’impression ressentie est à la fois celle d’être protégé et d’être projeté. Solennel et spirituel, il s’anime et devient tout autre lorsque plusieurs personnes l’occupent. La forme en agora est propice aux interactions. Un foyer, un projecteur pour le cinéma, de multiples coussins de plume permettent de profiter de cet espace.

L’espace en dessous est un espace introverti et dense. Sa lumière, filtrée par les gradins, est complexe et changeante. La foison de fines colonnes ressemble aux troncs des arbres dans la forêt.

Les espaces minimaux sont enveloppants et presque caverneux avec leurs finis moelleux, sombres et riches.

Au premier abord, la différence entre les formes naturelles et la forme construite est mise en évidence. Les liens étroits qui unissent l’architecture et la nature se tissent à travers des ambiances, des relations, des mimétismes, les matières, la lumière.

Développement durable

Déjà lors du choix du site le potentiel bioclimatique faisait partie des objectifs du projet. En implantant le bâtiment de manière à orienter la façade plein sud,  la configuration du terrain permettait de tirer parti d’une fenestration en direction de la vue et de maximiser le chauffage solaire passif. Un large débord de la toiture, dont le dimensionnement a été planifié en fonction de la course du soleil, empêche la surchauffe estivale tout en laissant pénétrer profondément le soleil hivernal.

La position élevée du bâtiment et son orientation permettent une ventilation naturelle efficace. Des fenêtres ouvrantes en partie basse à l’avant et en partie haute à l’arrière permettent de tirer profit à la fois de l'effet de cheminée et des pressions différentielles.

La forme cubique, avec un ratio enveloppe / volume habitable avantageux, contribue à l'efficacité énergétique et à l’économie de matériaux. De plus cette volumétrie permet une empreinte au sol plus petite.

Le revêtement de planches de cèdre de l'est embouvetées est laissé à l'état naturel. Il provient d'une scierie locale.

Finaliste aux Prix d’excellence en architecture 2015 de l’Ordre des architectes du Québec.

Source : Architecturama / v2com.

 
PARTAGEZ CET ARTICLE :