Le CHUM

par CannonDesign et NEUF architect(e)s

Complexe du Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Architectes : Jose Silva, architecte responsable, et son équipe de CannonDesign, États-Unis (site Web), et Azad Chichmanian, architecte responsable, et son équipe de NEUF architect(e)s, Montréal (site Web).
Architectes de paysage : NIP Paysage, Montréal (site Web).
Ingénieurs : Pasquin St-Jean et associés, Montréal (site Web), H.H. Angus & Associates Ltd., Toronto (site Web), et SMi, Montréal (site Web).
Entrepreneur général : Construction Santé Montréal, Montréal.
Client : Construction Santé Montréal, Montréal (site Web), consortium formé de Innisfree Ltd., Royaume-Uni (site Web), Obrascón Huarte Lain, Espagne (site Web), Laing O'Rourke, Royaume-Uni (site Web), et Dalkia, une filiale de Veolia, France (www.dalkia.ca).
Adresse : 1000, rue Saint-Denis, arrondissement de Ville-Marie, Montréal.
Superficie : 268 000 m² (2 880 000 pi²).
Étages : Jusqu'à 22 niveaux hors sol et 5 niveaux en sous-sol, variable selon l'aile ou le pavillon.
Programme : Programme très complexe incluant notamment 772 chambres individuelles, 39 salles d'opération, 443 cliniques et salles d'examen, un réseau de couloirs et d'ascenseurs réservés à la soixantaine de véhicules autoguidés servant au transport de matériel, un réseau de 9 km de tubes pneumatiques pour le transport rapide d'échantillons, des espaces administratifs, une bibliothèque, et un amphithéâtre de 500 sièges.
Distinctions : Lauréat d'un prix du public A+ Award 2016 dans la catégorie « Unbuilt Hospitality » décerné par le magazine Architizer, et du prix A' Design Award 2015, niveau argent, dans la catégorie « Architecture, bâtiment et structure ». Finaliste aux LEAF Awards 2016 dans la catégorie « Design urbain », décerné par le Leading European Architecture Forum.
Matériau notable : Passerelle, auditorium et entrées principales parées de panneaux de cuivre perforé.
Type de projet : Institutionnel.
Coût du projet (incluant l'entretien pendant 30 ans) : 1,97 milliard $.
Fin de la Phase 1 : Novembre 2016.
Fin de la Phase 2 : 2021.

On discute du CHUM depuis tellement longtemps au Québec que c'en est devenu difficile de croire que le projet tire à sa fin. C'est pourtant ce qui se produira en avril prochain, alors que l'essentiel du complexe du Centre hospitalier de l'Université de Montréal, dessiné par les firmes CannonDesign et NEUF architect(e)s, ouvrira ses portes à ses patients, employés et étudiants.

Cette « Phase 1 » inclut le corps principal du CHUM, qui héberge les fonctions traditionnelles d'un hôpital – diagnostic, soin et convalescence – ainsi qu'un pavillon logistique situé de l'autre côté de la rue Sanguinet. On y retrouve entre autres les 772 chambres, toutes privées et individuelles, qui offrent aux patients un espace intimiste pouvant accueillir famille et amis tout en compliquant la propagation des maladies nosocomiales.

Le programme très complexe inclut aussi 39 salles d'opération et 443 cliniques et salles d'examen. Les espaces de circulation, toujours nombreux dans un hôpital, sont rendus encore plus compliqués par l'ajout d'un réseau de couloirs et d'ascenseurs réservés à une soixantaine de petits véhicules autoguidés servant au transport de matériel. Un réseau de 9 km de tubes pneumatiques permet aussi le transport rapide d'échantillons entre les différentes ailes.

Contrairement au consortium Construction Santé Montréal, qui affirme que le complexe « s'intègre à la ville » par « ses volumes à dimensions humaines », les architectes ne prétendent pas avoir conçu ici un bâtiment en harmonie avec l'échelle du quartier. Un tel projet entassant un si grand nombre de fonctions en un si petit espace ne peut qu'être absolument massif, et le contraste entre le CHUM et le quartier résidentiel qui l'entoure n'est rien d'autre que brutal. 

Cela ne signifie pas que l'équipe de conception n'a pas réussi, dans la mesure du possible, à réduire l'impact très négatif qu'aurait pu avoir un tel mastodonte. La division du complexe en trois volumes distincts, la composition sobre mais élégante des façades, l'intégration particulièrement réussie de l'oeuvre de Doyon-Rivest La vie en montagne, les étages inférieurs fenêtrés qui maintiennent un dialogue constant avec la rue Saint-Denis – l'ensemble de ces stratégies témoignent d'une sensibilité et d'une volonté d'établir une relation intéressante avec le quartier environnant.

Le pavillon logistique érigé au coin des rues de la Gauchetière et Sainte-Élisabeth ne témoigne pas du même souci d'intégration, mais il se démarque par son raccordement au pavillon principal via une magnifique passerelle recouverte de panneaux de cuivre perforés. Le profil ovoïde et les milliers de petites ouvertures recouvrant ce passage surplombant la rue Sanguinet lui procure un caractère à la fois délicat et épuré qui en fait certainement'un des éléments les plus réussis du complexe.

Le projet se distinguera aussi par son esplanade publique au centre de laquelle trônera un magnifique auditorium paré de cuivre. Érigé en phase 2, il permettra d'accueillir conférences et événements, cimentant ainsi le caractère universitaire de l'hôpital. L'espace servira aussi de marqueur important, puisqu'il indiquera de façon monumentale l'entrée principale du complexe et servira de point de repère visuel pour les usagers circulant aux étages supérieurs. Cette nouvelle plaza s'inscrit dans une succession d'espaces publics caractéristiques au Quartier latin, du square Saint-Louis au nord jusqu'au square Viger au sud, en passant par les places Pasteur et Émilie-Gamelin.

Le bâtiment principal intègre aussi deux éléments de patrimoine au coin des rues Viger et Saint-Denis : le clocher Saint-Sauveur et deux façades de la maison Garth. Ces deux objets présentent cependant peu d'intérêt patrimonial sans l'église et la résidence auxquels ils étaient l'un et l'autre attachés. Le clocher, entièrement démonté puis remonté sur une structure de béton coulé, n'hébergera même pas le lieu de recueillement pluriconfessionnel de l'hôpital, celui-ci étant juché au-dessus de la rue Saint-Denis dans un volume recouvert de cuivre. Le reste des édifices a été démoli en prévision de la construction du CHUM.

Le site aurait pourtant mérité mieux que cette étrange préoccupation patrimoniale de façade. L'histoire de cet îlot remonte à la Conquête de 1760 alors que les troupes du général Murray y établissent leur campement en prévision de la capitulation de Montréal. Le paysage était alors formé de pâturages et de terres agricoles.

Avec l'établissement de la gare-hôtel Viger, d'établissements d'enseignement supérieur prestigieux, d'un square Viger alors verdoyant et de la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur (maintenant en partie intégrée au pavillon Judith-Jasmin de l'UQÀM, un modèle que le CHUM aurait eu avantage à imiter), le quartier devient le centre professionnel et intellectuel du Montréal francophone.

C'est dans ce secteur en pleine ébullition que l'Hôpital Saint-Luc est fondé en 1908. L'établissement déménage dans le pavillon d'inspiration art déco de la rue Saint-Denis en 1930, situé depuis 1962 à l'ombre du grand agrandissement fonctionnaliste de 10 étages longeant le boulevard René-Lévesque.

Plus que les restes de l'église Saint-Sauveur et de la maison Garth, c'est le pavillon de 1930 qui aurait dû être préservé. Non seulement le bâtiment dessiné par Raoul Gariépy présente-t-il plusieurs éléments caractéristiques du style art déco montréalais, dont la fameuse brique jaune, mais il s'inscrit surtout dans une continuité insistant sur la vocation hospitalière historique du site. Le bâtiment sera cependant démoli pour laisser place à la nouvelle esplanade.

La Phase 2, dont la fin des travaux est prévue pour 2020, entraînera la démolition de l'entièreté de l'Hôpital Saint-Luc actuel et son remplacement par une aile aux fonctions essentiellement administratives et académiques. Une esplanade et un grand amphithéâtre marqueront la nouvelle entrée du complexe.

Rappelons que le contrat du CHUM a été octroyé en formule partenariat public-privé (PPP) suite à un processus controversé ayant débuté en 2010. Le consortium québécois dirigé par SNC-Lavalin s'étant retiré de la démarche après s'être négocié une augmentation substantielle de son indemnité de retrait, seul le groupe Construction Santé Montréal, formé des entreprises britanniques Innisfree et Laing O'Rourke, du géant français Dalkia (maintenant intégré à Veolia) et du groupe espagnol Obrascón Huarte Lain, aura finalement déposé un projet, éliminant par la même occasion le seul argument en faveur du mode PPP : la compétition. Le consortium est en charge de la construction, du financement et de l'entretien du complexe pendant 30 ans.

Description du projet par ses architectes :

CannonDesign + NEUF architect(e)s est fier de dévoiler le nouveau Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), un projet d’envergure totalisant jusqu’à maintenant près de dix années de travail. Il s’agit du plus grand projet de construction en milieu hospitalier en Amérique du Nord et à l’heure actuelle, l’un des plus importants au monde.

À l’approche de l’achèvement de la Phase 1, l’hôpital universitaire est également le plus grand projet en milieu de la santé à être réalisé en partenariat public-privé (PPP) de l’histoire du Canada, un investissement qui revitalisera tout un secteur du centre-ville de Montréal.

Le complexe du CHUM comptera 772 chambres privées, 39 salles d’opération et plus de 400 cliniques et salles d’examen. Au-delà du mandat premier de regrouper sous un même toit trois anciens hôpitaux – l’hôpital Saint-Luc, l’hôpital Notre-Dame et l’hôpital de l’Hôtel-Dieu – le CHUM est un parfait exemple de projet d’architecture réfléchi qui résout des problématiques hautement complexes en intégrant des concepts d’infrastructures sociales et de revitalisation urbaine au cœur d’un même design.

Réparti sur 27 étages (22 étages hors sol, 5 étages en sous-sol), couvrant plus de 3 millions de pieds carrés (près de 275 000 mètres carrés) et englobant deux quadrilatères de l’est du centre-ville de Montréal, le complexe participera activement à la revitalisation du secteur, devenant le point d’ancrage du nouveau Quartier de la Santé. Aussi, afin de répondre au mandat dans son ensemble, l’équipe de design a su prendre en compte les différentes échelles du projet : de la vaste échelle de la métropole et du quartier environnant, à celle, plus fine et humaine, du patient lui-même, qui se trouve au cœur de la vocation de ce lieu de guérison.

Défis de taille et résultats accélérés

L’équipe de design a dû faire face à de nombreux défis reliés au site, au modèle clinique, au budget et à l’échéancier de construction. Ces contraintes ont été résolues par des stratégies de design innovantes qui ont permis de grandement améliorer la structure du programme clinique de l’institution tout en maintenant en activité les services de l’hôpital Saint-Luc, ce qui a redéfini les limites du chantier de construction de la Phase 1.

Dès l’amorce du projet en 2009, l’équipe a dû revoir complètement l’aménagement et l’architecture du projet de référence initial afin qu’il réponde plus rapidement aux besoins de la communauté. Ainsi, la Phase 1, dont la construction tire à sa fin, offrira la quasi-totalité du programme clinique (incluant toutes les chambres de patients et les salles d’opération, le programme diagnostique et thérapeutique complet ainsi que le centre d’oncologie), alors que la Phase 2 sera constituée du centre de conférence, de certains bureaux et de quelques espaces de soins ambulatoires. Cette prouesse architecturale permettra aux Québécois de bénéficier, des années plus tôt que prévu, des pressantes et indispensables infrastructures de soins de santé.

« Le CHUM est une réalisation absolument remarquable. Caractérisé par son design imaginatif, sa taille et son échelle considérables, ainsi que son immense ambition d’améliorer la prestation des soins de santé, le CHUM deviendra une icône et une ressource inestimable pour la ville de Montréal, la province de Québec et tout le Canada » affirme Jose Silva, AIA, associé principal chez CannonDesign.

« Le niveau de collaboration et de planification stratégique requis pour mener à terme ce projet fût extraordinaire. Depuis le début du projet jusqu’à aujourd’hui, à quelques semaines de la fin de la Phase 1, notre engagement commun de livrer un projet phare pour Montréal, d’obtenir de meilleurs résultats en matière de santé, puis d’impliquer et d’enrichir la collectivité environnante, n’a jamais été ébranlé. C’est grâce à cet engagement que le CHUM deviendra l’un des plus importants projets hospitaliers au monde. »

Tout au long du processus de conception, l’équipe a sans cesse cherché à repousser les limites et les standards de qualité, tant au niveau de l’utilisation du design paramétrique pour l’enveloppe du bâtiment, de l’emploi de l’impression 3D de maquettes de coordination, de l’approche innovatrice d’intégration du patrimoine bâti, que de l’utilisation soutenue de la technologie afin de faciliter la communication entre les différentes équipes impliquées sur le projet.

Espaces publics et échelle humaine

Pour ramener cette imposante construction à l’échelle humaine, l’équipe de design a intégré au projet une multitude d’espaces publics de qualité pour que le campus soit le plus ouvert et accueillant possible. « Nous voulions avant tout créer une expérience humaine qui incite les patients et les visiteurs à interagir avec le bâtiment de plusieurs façons. Nous souhaitions redéfinir complètement l’image que les Québécois se font d’un hôpital. » explique Azad Chichmanian, architecte associé chez NEUF architect(e)s.

Faisant preuve de sensibilité face à l’environnement immédiat du projet, l’équipe de design a su intégrer le bâtiment au tissu urbain de Montréal en créant une séquence d’espaces publics dynamiques qui relient les multiples entrées du bâtiment, permettant ainsi à la circulation urbaine de permuter librement entre ses murs.

L’entrée principale du CHUM se caractérise notamment par son généreux retrait de la rue qui laisse place à une grande cour intérieure, l’Esplanade Jardin, qui accueille la pierre angulaire de l’organisation spatiale du campus universitaire : un amphithéâtre vêtu de cuivre pouvant accueillir jusqu’à 500 places. Utilisé pour marquer les points d’entrée du bâtiment, le revêtement de cuivre constitue un repère visuel de premier plan qui permet au visiteur de s’orienter intuitivement.

Pour favoriser la prestation des soins de santé, chacune des 772 chambres privées offre un généreux espace dédié à la famille ainsi qu’une large fenestration permettant de contempler les nombreux jardins-terrasses de l’hôpital, qui sont pour la plupart accessibles au public, ou d’apprécier différents points de vue sur la ville.

De plus, tout le bâtiment a été aménagé en respectant les principes de conception universelle et la grande majorité des quelques 12 000 salles a été conçue en suivant un nombre contrôlé de modèles standardisés. « La création d’un centre hospitalier aussi ambitieux exigeait de la part de notre équipe de regarder le projet sous une multitude d’angles, mais nous avons mis à profit notre expertise en milieu de la santé de façon à toujours prioriser l’expérience du patient » ajoute Jose Silva.

L’art au cœur de l’architecture

Dépassant largement l’exigence du gouvernement du Québec d’allouer 1% du budget d’un projet public à l’art, le nouveau campus du CHUM comptera 13 œuvres d’art d’envergure, toutes judicieusement intégrées à l’architecture, ce qui constitue la plus grande concentration d’art public à Montréal depuis l’Expo 67.

« Nous avons intégré les œuvres de façon à diluer la frontière entre l’art et l’architecture pour offrir aux visiteurs et aux employés une expérience plus humaine » confie Azad Chichmanian. « Par ailleurs, plusieurs éléments de l’architecture du CHUM peuvent être considérés en eux-mêmes comme des œuvres d’art. Le clocher reconstruit, la maison Garth et la salle de recueillement en sont de bons exemples, formant une série d’objets architecturaux qui animent la rue Saint-Denis. Mais c’est la passerelle qui surplombe la rue Sanguinet qui en est probablement le meilleur exemple : sur ce pont aérien, une arche de lumière émerge d’un jeu graduel de perforations dans la peau de cuivre qui l’enveloppe. »

Source : CannonDesign + NEUF architect(e)s / v2com.

 
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