Izakaya Kinoya

par Jean de Lessard

Izakaya Kinoya

Designers : Jean de Lessard et Alexa Adam, de Jean de Lessard Designers Créatifs, Montréal (site Web).
Entrepreneur : Pure Rénovation, Longueuil (site Web).
Menuisier : Dominic Samson, de Solution durable, Montréal.
Client : Kinoya Bistro japonais, Montréal (site Web).
Endroit : 4250, rue Saint-Denis, arrondissement Le Plateau-Mont-Royal, Montréal.
Superficie : 140 m².
Étage : 1 niveau.
Capacité : 60 places assises.
Matériau notable : Bois (parement).
Type de projet : Commercial.
Année : 2014.

Source : v2com.

Description du projet par son concepteur, émise par communiqué de presse le 11 septembre 2014 :

Pour son tout dernier Kinoya, le designer d’intérieur Jean de Lessard a puisé aux sources afin d’émuler dans son design l’esprit, la fonction et l’esthétique primaire de l’izakaya*, à l’origine un lieu où l’on buvait de la bière et du saké sans façon. La transformation est d’autant inhabituelle qu’elle explore à travers un design extrême les rapports d’intimité entre individus, faisant de Kinoya une représentation fidèle de cette approche singulière que le designer a développée sur les divers modes d’occupation de l’espace.

La notion d’enfermement est mise en scène simplement au moyen de la géométrie des fractales et de la ligne brisée : une boîte dont la forme rappelle un serpent articulé occupe désormais l’intérieur de la boîte noire dans laquelle ne subsiste que le vestige floral du précédent Kinoya. Elle crée une rupture entre le connu/prévisible (le monde extérieur, l’ouverture) et l’inconnu/imprévisible (un intérieur fermé chaotique, plein de recoins). « Pour être Événement ou Émotion, l’espace doit générer sa propre énergie. J’ai conçu un lieu clos qui est totalement axé sur l’activité de faire la fête. Les éléments du design sont sciemment oppressants, voire agressants, pour que ce soit bordélique, frustre et où on est bruyamment interpelé, » explique Jean de Lessard. Le dénivelé de 4 à 5 pieds entre le plafond avant et arrière contribue à l’effet d’enveloppement.

Les lieux ne désemplissent pas depuis leur ouverture, en dépit du fait qu’on doive se serrer les coudes. L’éclairage tamisé et l’ambiance feutrée en font un endroit accueillant où se marient agréablement l’odeur du bois et les arômes de mets appétissants.

Socialisation choc

L’espace, tel l’intérieur imaginé de l’origami, présente une composition de triangles de tailles variées, disposés de travers et de façon aléatoire. « Jean m’a parlé de la sensation qu’il voulait vivre dans cet endroit. Et où on devait être à l’étroit. C’est une caverne fantasmagorique, où les gens sont en mode d’exploration visuelle constant, » commente l’artiste menuisier Dominic Samson, de Solution durable, qui a construit la structure, travail dont il est fier et qu’il qualifie d’euphorisant.

Matériau durable, le bois a une capacité de résonance et d’absorption exceptionnelle. L’irrégularité et l’angularité des surfaces fait en outre se décaler les ondes sonores, contribuant à assourdir le bruit ambiant.  Le bois de grange réemployé est local et représente une surface de 4 500 pieds carrés. Les planches de pruche et d’épinette blanche de largeur et d’épaisseur différentes ont été posées dans toutes les directions. Si ceci renforce l’idée de chaos, la technique de pose collé-collé utilisée fournit, quant à elle, une finition parfaite.

La décoration de style estaminet-mal-léché est à sa plus simple expression : le mobilier et l’éclairage récupérés de l’ancien Kinoya, les dessins et les graffitis qui agressent l’œil et affirment le caractère urbain de Kinoya. Les bannières kakemono qui servent à masquer la rue perpétuent la tradition japonaise.

L’izakaya est un lieu de socialisation et de décompression au Japon. Ici, au Kinoya, l’espace exigu force à entrer en relation, sous le regard de l’autre impossible à éviter. Son design fait s’entrechoquer de façon ludique et joyeuse les croyances et de l’Occident et de l’Extrême-Orient (l’Asie de l’Est) à propos de communauté d’esprit, de proximité et de fraternité.

Créateur de projets lauréats, Jean de Lessard termine le design d’une pharmacie qui vient questionner la perception que l’on peut avoir d’un commerce de produits pharmaceutiques, d’un point de vue formel et esthétique. D’autres projets commerciaux au design unique sont en cours.

* Le terme japonais « izakaya » renvoie à l’action de s’asseoir (« i » - rester) et de « sakaya » (commerce de saké). L’izakaya apparaît durant l’époque d’Edo ou période Tokugawa, celle des samouraïs (XVIIe - XIXe siècles, Ces commerces autorisèrent les clients à boire dans un premier temps devant l’établissement, puis à l’intérieur., il était fréquenté en majeure partie par des hommes, travailleurs ou ouvriers, jusque dans les années 1980 (Sources : Wikipedia/Kikkoman).

 
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