Festival international de jardins – Édition 2016

Festival international de jardins des Jardins de Métis – Édition 2016

Avec l'été qui s'en vient approche aussi le Festival international de jardins des Jardins de Métis. Ceux qui suivent Architecture du Québec savent que je suis un grand fan du Festival. Il s'agit de l'un des événements les plus prestigieux et les plus influents dans le monde du design de jardins et nous avons la chance incroyable qu'il ait lieu ici, au Québec.

Cette année, 203 projets ont été soumis par des architectes, architectes paysagistes, designers et artistes provenant de 31 pays dans l'espoir de pouvoir réaliser l'un des cinq nouveaux jardins de l'édition 2016 du Festival. Cette 17e édition sera présentée aux Jardins de Métis, à Grand-Métis, du 23 juin au 2 octobre prochains.

Les installations retenues cette année se démarquent par leur caractère poétique et leur relation avec la forêt environnante. Un jardin évoque un terrain de camping interactif tandis qu'un autre crée un cône autour du visiteur, transformant sa perception de l'espace. Une dernière est même conçue pour se transformer au courant de l'été, invitant les visiteurs à revoir le jardin régulièrement.

Voici les cinq projets retenus, chacun suivi d'une courte description et d'une biographie de leurs auteurs fournie par le Festival :
 

1.  Le caveau

Créateur : Christian Poules, architecte et architecte paysagiste, de Bureau Bau, Bâle (site Web).

Un plan de croissance végétale est blotti dans l'intimité d’un caveau - une pièce formée par quatre gabions. La lumière qui filtre à travers les pierres vient créer des ombres. La chambre laisse place à la réflexion. Une chambre pour les rêveurs.

Tel le plan qui lévite devant lui, le visiteur se sent tenu en équilibre entre la pierre et la vie elle-même. Sa propre imagination est suspendue dans le temps. Le plan vertical symbolise un début alors que la végétation forme un horizon incliné, entre ciel et terre.

La beauté du jardin se trouve dans sa grande simplicité et dans la confrontation qu’il crée entre la matière, la lumière, le temps et l'espace. C’est un abri pour la méditation et une toile de fond pour la nature. Dans Le caveau, l’immensité se cache derrière ses remparts.

Christian Poules est à la fois architecte et paysagiste. Son travail se déroule sur un terrain d'entente, entre les milieux naturels et bâtis. Sa pratique se situe à l'extérieur de la mode ou des styles. Il est préoccupé tout simplement par l'expérience humaine et par les liens avec les qualités éphémères et temporelles de l'espace. Le cœur de sa pratique commence avec l’attention et la compréhension qu’il trouve dans ces relations et les lieux poétiques qu'ils inspirent. Les concepts de matière, de forme et de structure suivent tout naturellement.
 

2.  Carbone

Créateurs : Maxime Coache, ingénieur paysagiste, Victor Lacaille, concepteur paysagiste, et Luc Dallanora, ingénieur paysagiste, de Coache Lacaille Paysagistes, Nantes (site Web).

Le jardin est artifice, empreinte. La Terre est un jardin. L’agriculture, l’industrie, le web, l’empreignent. Depuis que la civilisation existe, la nature est prélevée. La jardiner, c’est lui restituer. Une courtoisie.

Cette installation évoque le cycle de production mis en parallèle avec le cycle du carbone. Le jardin paysage ou paysage jardiné. Régénérer la forêt, semer là où nous prélevons, c’est gratifier la nature. Transmettre le paysage à ceux qui nous survivrons.

Une matière suave, familière, le bois, celui de notre berceau, de notre lit, de notre cercueil. Abattre un arbre, prélever dans la forêt, vaste jardin, n’est que le fruit d’un labeur. Celui de ceux qui nous ont précédés, qui ont planté une graine là où aujourd’hui nous trouvons le bois qui assure notre repos.

Un tronc d’arbre sculpté, débité partiellement pour mettre en évidence l’origine du matériau employé pour la facture du mobilier. Une souche, une grume façonnée en partie, et cinq modules en bois massif, brûlés en surface pour certains. Un jeune plan pousse là où l’arbre était supposé s’élever avant qu’il ne tombe.

Coache Lacaille Paysagistes a été cofondé en 2013 par Maxime Coache et Victor Lacaille. Luc Dallanora s’est joint au duo en 2015. Ils sont tous diplômés de l’École nationale supérieure de la nature et du paysage de Blois. La matière première de ce trio de paysagistes, c’est le paysage. Si leur savoir-faire requiert une aptitude créatrice, ils ne sont en rien des artistes. Leur rôle se situe entre celui du jardinier, du plasticien, de l’architecte et de l’urbaniste. Chaque nouvelle intervention s’inspire du contexte et de ceux à qui elle est destinée; elle est aussi un prétexte à de nouvelles expérimentations.
 

3.  Cyclops

Créateur : Craig Chapple, architecte, Phoenix.

Cyclops est un objet singulier dans le paysage et offre une manière singulière de cadrer celui-ci. Les 258 pièces de bois de huit mètres de longueur forment un large cône suspendu aux arbres par des câbles en acier inoxydable.

Cyclops se maintient dans un équilibre fragile avec l'environnement qui lui est destiné. L’ouverture de 1,5 m au bas du cône devient un espace impressionnant pour le visiteur, qui s’y glisse pour regarder la canopée d'une manière nouvelle, se sentant vraiment au centre de la masse suspendue, et saisissant toute la force physique latente des arbres eux-mêmes.

Le visiteur se retrouve à jouer le rôle principal dans cette œuvre en redécouvrant sa relation avec l'énergie qui se déploie dans son environnement.

Craig Chapple a obtenu un diplôme de premier cycle en architecture à l'Arizona State University à Tempe. Il a par la suite obtenu un diplôme de maîtrise en architecture à la Yale University School Of Architecture à New Haven. Il a toujours été intéressé par l'architecture et les arts visuels tout au long de sa carrière. Son travail nait de la synergie de ces deux disciplines qui se renforcent mutuellement. Il travaille à la fois en modes analogique et numérique, à grande et petite échelles, et s’exprime par le dessin, la peinture et la sculpture.
 

4.  La maison de Jacques

Créatrices : Romy Brosseau, Rosemarie Faille-Faubert, et Émilie Gagné-Loranger, stagiaires en architecture, Québec.

La maison de Jacques est bien différente de celle que l’on connaît. On la croirait tout droit sortie d’un conte pour enfants. La maison se dresse comme un bosquet vert géant clairsemé de fleurettes écarlates. On y accède en empruntant le pas japonais qui traverse un couvre-sol de galets miniatures. À l’intérieur, on se glisse entre les rangs de haricots dont les vrilles s’entortillent autour d’une structure de bois effilées. Les murs découpent l’espace en une enfilade de petits jardins intimes, tous singuliers dans leurs proportions. Ces cocons sont des refuges idéaux pour une partie de cache-cache. L’un d’entre eux demeure secret, inaccessible.

La maison de Jacques est magique, elle frétille de vie. Elle se construira au fil des semaines, à commencer par les semis en mai qui grimperont jusqu’à trois mètres de haut en peu de temps. Des grappes de fleurs rouges viendront pendre au bout des tiges dès juillet, avant de laisser place aux gousses comestibles, au grand plaisir de tous.

Issues du programme de maîtrise de l’École d’architecture de l’Université Laval, les conceptrices s’unissent pour la première fois à l’occasion de ce projet et y expriment leurs intérêts personnels. Émilie Gagné-Loranger tente de révéler une nouvelle poésie de l’habiter à travers ses recherche sur l’intériorité. Ses projets explorent les limites, les ambiances et les nuances de l’intime. Les espaces qu’elle crée invitent au rêve et laissent place à l’imaginaire de chacun. Romy Brosseau s’intéresse à la relation entre l’environnement naturel et artificiel ainsi qu’à l’interrelation entre les deux. À travers ses différents projets, elle cherche à dématérialiser la frontière entre architecture et paysage et à concevoir la limite comme un espace. Rosemarie Faille-Faubert s'intéresse à une architecture sensible, inspirée de la découverte du paysage à ses différentes échelles. À travers ses projets, elle explore des notions d’imaginaire et d’expérience intimement liée au lieu.
 

5.  TiiLT

Créateurs : Sean Radford, architecte, et Chris Wiebe, designer, de SRCW, Winnipeg..

Recherchant ses racines dans les géométries formelles du labyrinthe et les nombreuses traditions informelles du camping dans le paysage canadien, TiiLT est un endroit transformable et habitable par le visiteur, invité à passer à l’action ou à ralentir.

Chaque structure peut basculer entre deux orientations, en réponse à la position du soleil, et offre une alternance de points de vue qui modifie les sentiers à travers le site. Le jeu avec les structures évoque un banc de poissons ou une volée d'oiseaux se déplaçant dans des directions opposées, formant tout de même un tout. Les structures légères et la toile d’un jaune brillant rappellent un champ de fleurs, contrastant avec le paysage vert des environs et le bleu du ciel.

TiiLT défie la notion de jardin par la création d'un environnement interactif, à la fois sculpture et paysage - pour évoquer le sens du lieu et la beauté d'éléments modestes. TiiLT offre des espaces simples, intimes, ombragés, pour se remémorer ces longues journées de cette courte saison, le temps passé en solitaire ou entre voisins, embrassant le sentiment de décrocher, partagé tous ensemble.

Sean Radford et Chris Wiebe forment SRCW et sont des concepteurs actifs dans la communauté de l'architecture de Winnipeg. Ils regardent la construction bâtie en tant qu'instigatrice d'idées et s’en servent comme génératrice pour réinterpréter des phénomènes de la vie quotidienne. SRCW s’intéresse autant à la forme qu’à l'espace, dans le but d'induire une pause, d’inspirer une réaction et d'inciter une réponse. L'utilisation non conventionnelle des objets du quotidien comme matières sculpturales cherche à rendre leurs interventions accessibles grâce à leur familiarité, dans le but d'évoquer du plaisir et de l'excitation. SRCW considère l'art du jardin comme la création d'un environnement sensoriel interactif, pleinement habité.
 

 
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